"Ce n'est qu'une question de temps" avant qu'un virus de grippe aviaire ne se transforme en une souche hautement pathogène pour l'homme, a estimé le directeur-général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Lee Jong-Wook, en ouvrant lundi une conférence mondiale à Genève.
"Nous ne savons pas quand cela va arriver mais nous savons que cela va se produire", a-t-il assuré devant les quelque 400 experts et représentants de pays et d'organisations internationales réunis pour mettre au point un plan d'urgence mondial contre la grippe aviaire.
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Grippe aviaire: de l’optimisme modéré à l’alarmisme
Monde - Réunie au siège de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève, la famille des Nations Unis tente d’élaborer une réplique coordonnée contre le virus H5N1.
anne-muriel brouet
Publié le 08 novembre 2005
Le poulet était hier au menu de l'Organisation mondiale de la santé. En version tandoori à la cafétéria, en version bulletin de santé dans la salle du Bureau exécutif. Du premier, les employés de l'OMS et les quelque 500 participants à la réunion internationale sur la grippe aviaire n'ont fait qu'une bouchée. Du second, ils savent qu'ils sont tombés sur un os.
© Fabrice Coffrini
«Il faut constamment garder à l'esprit que la capacité du virus de la grippe aviaire – vraisemblablement le virus H5N1 – à se transmettre d'homme à homme n'est qu'une question de temps. Cela coûtera des milliards de dollars et fera des millions de morts», n'a pas hésité à rappeler le directeur général de l'OMS, Lee Jong-wook, en ouverture de la rencontre. De quoi donner la chaire de poule aux experts, représentants étatiques et membres des institutions de la famille onusienne réunis jusqu'à mercredi afin de trouver un plan de bataille contre le virus tueur de volailles.
Ceci étant redit, les orateurs se sont succédé pour confirmer l'urgence de la situation. «Normalement, nous avons six mois pour dresser un programme de ce type. Nous disposons de trois jours», a précisé le coordinateur des Nations Unies pour la grippe aviaire et humaine, David Nabarro. Et de préciser: «Notre espoir est que la mutation ne s'opère pas avant un ou deux ans.»
Trois jours, deux ans, pour mettre en place ce «bien public international», comme l'a défini le directeur de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), Bernard Vallat. «Si un pays ne coopère pas, c'est déjà un danger.»
Les ingrédients de ce plan de bataille sont multiples. La première priorité pour Bernard Vallat concerne évidemment la santé des animaux parmi lesquels on compte au moins 150 millions de victimes. «Il y a un lien direct entre la quantité de virus qui circule chez l'animal et la probabilité que le virus mute chez l'homme», a insisté le directeur de l'OIE.
Lee Jong-wook ajoute le versant humain: il s'agit de prévenir et contenir le virus; accroître les capacités de surveillance, de détection précoce, de diagnostic des pays; élaborer des politiques en faveur de la recherche, du développement et de la production de vaccins et d'antiviraux; décider de la meilleure façon de communiquer, y compris en effectuant des tests. De ce fait, les pays de l'Union européenne participeront, fin novembre, à un exercice de simulation des réponses face à une éventuelle pandémie de grippe humaine.
Outre la santé, l'argent préoccupe aussi les participants. A ce jour, la facture de l'épidémie se monte déjà à 10 milliards de dollars. Pour l'avenir, le seul étalon qu'utilise la Banque mondiale est l'épidémie de pneumonie atypique qui en un trimestre avait avalé 2% du PIB des économies du Sud-Est asiatique, soit 200 milliards de dollars. Extrapolé à un an, cela donne 800 milliards de dollars.
«Nous sommes très peu préparés»
«Si quelque chose se passe demain, nous sommes vraiment très peu préparés», a déclaré le Dr Bram Palache (Solvay Pharmaceuticals), lors d'une conférence de presse en marge de la réunion sur la grippe aviaire.
Les représentants des laboratoires pharmaceutiques, qui travaillent à l'élaboration de vaccins utilisables dans le cas d'une pandémie humaine de grippe, insistent sur le chemin restant à parcourir malgré les progrès déjà réalisés.
«Nous sommes à mi-parcours», a estimé le Dr Luc Hessel (Sanofi Pasteur MSD), précisant que des discussions sont en cours avec les agences sanitaires pour «trouver des moyens d'accélérer» les choses.
Invités à développer des vaccins pour une grippe humaine redoutée mais jusque-là absente, les fabricants ont appelé à un soutien public à leurs recherches, compte tenu du risque de «pertes économiques, si nous produisons» pour rien, a relevé le Dr Palache. «On nous demande de faire des vaccins sans usage, des prototypes qui fondamentalement ne sont pas destinés à être utilisés», a renchéri le Dr Hessel.
Par ailleurs, le groupe pharmaceutique Roche a annoncé qu'il fabriquera, d'ici à fin 2006, 300 millions de traitements par an de Tamiflu, un antiviral censé être efficace contre la grippe. C'est dix fois plus qu'en 2004, ajoute le groupe suisse, qui donne pour la première fois une indication chiffrée de sa production de Tamiflu.
Roche, détenteur d'une licence de production exclusive du Tamiflu, indique avoir reçu plus de 150 offres de production par des laboratoires tiers. Il a entamé les négociations avec huit de ces laboratoires, parmi lesquels figurent de grandes sociétés de génériques, et pharmaceutiques. (red/afp)
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